Un espace vert creux est une zone végétalisée en pleine terre, aménagée pour stocker temporairement et infiltrer les eaux pluviales.
Sa mise en forme repose sur le terrassement de dépressions ou la création de modelés de terre (butées, merlons ou talus) afin de générer un volume de rétention temporaire. Il assure une double fonction : espace paysager, d’agrément ou récréatif et dispositif de gestion des eaux pluviales.
À chacun son espace vert creux
Il existe une grande déclinaison d’espace vert creux, qui peut s’adapter à de nombreux contextes et prendre une multitude de formes : géométrie, taille, profondeur, type de plantations, …
C’est un dispositif simple, rustique et économique à condition d’avoir de la place disponible.
Il s’agit d’utiliser une pelouse, un jardin, un parc, … pour y infiltrer les eaux pluviales sur de larges surfaces. Il reste totalement accessible et utilisable pour d’autres activités en dehors des périodes très pluvieuses. Les eaux s’étalent sur une « grande surface » délimitée par une butée de terre (petit talus ou merlon) ou un décaissement.
C’est sans conteste le dispositif le plus connu et le plus polyvalent.
Il s’agit d’un espace vert longiligne, large, peu profond et en pente douce, adapté à de très nombreuses situations : le long des voies et accès (chemin, route, allée, etc.), fonds de jardins, bordure d’une cour ou encore pour épouser les lignes de niveau dans un terrain en pente.
Elle peut être simplement engazonnée, plantée d’une haie ou avoir un plan de plantation plus élaboré.
Il est possible d’utiliser un « coffrage » pour obtenir une noue étroite aux rebords francs, permettant d’optimiser la place et le volume pluvial disponible. Dans ce cas, il est conseillé d’y implanter une haie arbustive qui peut servir de délimitation en bordure d’une parcelle.
C’est un dispositif esthétique mettant en valeur la présence de l’eau et du végétale.
Il s’agit d’une petite dépression végétalisée et paysagée avec des plantes vivaces, locales et rustiques. Sa surface réduite et ses pentes douces permettent à l’eau de se répandre progressivement, le fond de la dépression accueillant les pluies le plus régulièrement. Ce gradient permet d’envisager différentes zones de plantation en fonction de la présence plus ou moins fréquente de l’eau.




Concevoir finement : forme, profondeur, nivellement et plantation
Les espaces verts creux sont des dispositifs qui ne présentent pas les risques typiques associés aux phénomènes d’inondations : pas d’eau en mouvement, atteignant des vitesses élevées, pas d’effet de vagues susceptibles d’emporter les personnes et les biens.
Le type d’usages pouvant y être associés va dépendre directement de la connaissance de son fonctionnement face à la pluie : sa profondeur moyenne déterminant la hauteur d’eau atteinte avant débordement et la présence de l’eau avant infiltration.
Il n’existe pas de texte réglementaire sur la hauteur d’eau maximale à respecter pour les dispositifs de gestion des eaux pluviales.
- Jusqu’à 30 cm : niveau d’eau généralement acceptable dans tous les contextes, y compris en zone très fréquentée.
- 30 à 40 cm : niveau d’eau intermédiaire pouvant être envisagé dans les espaces publics à condition que les hauteurs d’eau atteintes restent occasionnelles et que les conditions de sécurité et d’usage soient bien évaluées.
- Au-delà de 40 cm : niveau d’eau à partir duquel il faut porter une attention particulière, souvent inadapté aux espaces publics et fréquentés et généralement peu approprié à l’esprit d’un espace vert creux intégré et devant assurer une infiltration diffuse.
D’une manière générale, plus la profondeur augmente, plus il faut être vigilant.
- Anticipez les hauteurs de submersion, la vitesse de montée des eaux et les dangers potentiels pour les personnes.
- Assurez-vous de la compatibilité entre le niveau d’eau atteint et la fréquentation régulière par le public.
- Prévoyez une inondation progressive des espaces, en prévoyant les plus grandes profondeurs en dehors des zones fréquentées.
- Évitez la création involontaire de « pièges », qui empêcheraient une sortie aisée des personnes, en conservant des pentes douces, c’est-à-dire une pente allant de 3L : 1H (30%) à 5L : 1H (20%), ce qui facilitera également l’entretien.
- Mettez en place, si nécessaire, une matérialisation et une information préventive sur le caractère inondable de l’espace.
La présence plus ou moins prolongée de l’eau avant infiltration, représentée par le temps de vidange courant, est en lien direct avec le volume pluvial spécifique géré et le taux d’étalement retenu. Ces 3 paramètres et les valeurs guides associées sont décrites à l’étape 5 du guide professionnel. En 3 phrases :
- Disposer d’un volume de stockage temporaire le plus élevé possible.
- Assurer une infiltration diffuse en étalant l’eau sur de larges surfaces.
- Prévoir un temps de vidange de la pluie courante inférieur à 24h.
Est-ce que je vais avoir une mare dans mon jardin ?
Non ! Un espace vert creux n’est pas une mare, au contraire. Pour jouer son rôle de gestion des eaux pluviales, l’eau doit pouvoir s’infiltrer en quelques heures ou quelques jours.
Lors des hivers particulièrement pluvieux, l’espace vert creux peut rester en eau plus longtemps dans sa partie la plus basse sans pour autant être un dysfonctionnement. C’est particulièrement le cas si le sol a une perméabilité réduite et que la surface d’infiltration est insuffisante.
Il faut autant que possible préserver les sols là où l’espace vert creux va être réalisé et éviter tout déblaiement des sols existants pour conserver les capacités d’infiltration naturelles du complexe terre végétale/plante.
Quelques conseils peuvent permettre d’y arriver plus facilement.
- Aménagez les surfaces imperméables au-dessus du terrain naturel qui servira à l’infiltration, notamment pour les cotes de dalle des bâtiments et des voies.
- Préférez la création de butées de terres, merlons et talus plutôt que le creusement d’une dépression.
- En cas de terrassement, privilégiez des espaces verts creux peu profonds, de manière à rester dans l’horizon de terre végétale et garantir la bonne intégration du dispositif dans l’aménagement et la sécurité des personnes.
- Protégez les surfaces qui seront dédiées à l’infiltration pendant tout le chantier, contre les apports d’eaux chargées et la circulation des engins, afin de préserver la terre végétale et la végétation en place.
Dans l’idéal, le fond d’un espace vert creux doit être le plus plat possible pour permettre à l’eau de s’étaler, ce qui n’est pas toujours possible si la zone d’implantation ne le permet pas. Dans ce cas, quelques recommandations s’appliquent pour optimiser les capacités de stockage du dispositif.
- Implantez les espaces verts creux parallèlement aux lignes de niveau.
- Privilégiez une pente longitudinale faible dans le fond de l’espace vert creux, avec un profil en long intégrant une pente inférieure à 0,5%.
- Réalisez les cloisonnements nécessaires pour retenir l’eau, simplement à partir de merlons de terre suffisamment robustes, éventuellement par la mise en œuvre de redans étanches : voile béton suffisamment ancré, palplanches, etc.
- Vérifiez systématiquement les volumes disponibles afin de s’assurer qu’ils respectent le zonage pluvial et permettent une bonne maîtrise des écoulements.
Tout projet d’aménagement doit anticiper les conséquences potentielles des pluies exceptionnelles qui provoqueront un débordement de l’espace vert creux selon un parcours à moindre dommage.
- Pour les projets neufs, le débordement doit se faire en surface, par une surverse imaginée sur le pourtour de l’espace vert creux.
> Consultez les recommandations pour réaliser un chemin de l’eau en surface
- Dans le cas d’une opération de déconnexion, une grille de débordement raccordée au réseau peut être conservée dans le cas où le débordement de l’espace vert creux conduirait à des dysfonctionnements majeurs. Dans ce cas, cette grille doit être positionnée en bordure de l’espace vert creux.
> Consultez les recommandations concernant les opérations de déconnexions
- Dans le cas d’une opération d’ensemble, ce débordement doit donc être pris en compte dès la conception des espaces communs et des constructions, en privilégiant un débordement de dispositif en dispositif, éventuellement orienté vers une « rue rivière » qui guidera l’eau sans causer de sinistres aux biens et aux personnes.
Végétaliser un espace vert creux peut être très simple : engazonnement et, dès que possible, plantation d’arbres ou d’arbustes locaux. Les racines entretiennent la porosité du sol et facilitent l’infiltration.
> Découvrez les arbres et arbustes du bocage costarmoricain
Un travail avec un paysagiste peut aussi conduire à des projets plus élaborés. Dans tous les cas, il faudra choisir des végétaux adaptés aux usages, à la nature du sol et à la succession de périodes sèches et en eau.
La fréquence de la présence d’eau, directement liée à la surface disponible pour l’infiltration et à la nature du sol, et la hauteur de submersion vont guider les choix.
- Pour les espaces occasionnellement en eau, privilégiez un projet de plantation de type « parcs et jardins », comprenant des espaces engazonnés récréatifs.
- Pour les espaces plus fréquemment en eau, privilégiez une conception simple, tournée vers une fonction paysagère, favorisant la biodiversité et facilitant la gestion à long terme (plantation de vivaces et d’arbres).
Entretenir et maintenir le bon fonctionnement
L’entretien courant d’un espace vert creux est le même qu’un espace vert « classique » équivalent, à condition qu’il soit bien intégré et conçu de manière à ne pas nécessiter de matériel spécifique.
Selon les usages, il faut prévoir la tonte, la fauche, la taille des vivaces, l’élagage des arbres et arbustes, le ramassage des éventuels déchets, etc. Afin de réduire le comblement, il est conseillé d’exporter les résidus de tonte, fauche et tailles.
Le fait d’y gérer les eaux pluviales implique essentiellement quelques points spécifiques de surveillance.
- Assurez-vous qu’aucun obstacle à la bonne alimentation du dispositif ou du parcours à moindre dommage n’est présent.
- Vérifiez qu’avec le temps l’alimentation en eau et la capacité de stockage ne soient pas compromis par l’apparition de dépôts et qu’aucun allongement anormal et gênant de la stagnation d’eau n’apparaît. Plus l’infiltration est diffuse, plus le risque est faible. Si nécessaire, un curage et une restauration de la couche superficielle du sol peuvent être réalisés.