Le maître d’ouvrage d’une opération doit, le plus tôt possible, fixer la gestion des eaux pluviales comme un élément structurant du projet.
Il ne s’agit pas d’une couche supplémentaire mais d’un levier de conception qui influence le plan de composition, le nivellement, les usages et la qualité paysagère. Concrètement, cela implique de penser l’implantation des bâtiments en fonction des écoulements naturels, de concevoir les espaces extérieurs comme des zones d’infiltration et d’adapter les pentes pour guider l’eau en surface.
L’eau devient un élément de conception au même titre que l’orientation solaire ou les vues.
Cette approche nécessite une coordination forte de l’ensemble des acteurs impliqués et une prise en compte à chaque étape du projet.
Sans ambition clairement formulée à la commande, il est difficile de corriger les projets en cours d’étude.
La volonté de gérer les eaux pluviales à la source et par infiltration apparaît clairement dans la commande, dès la rédaction du programme. Elle oriente inévitablement les choix dès les premières études et permet d’éviter les reprises tardives tout en favorisant l’émergence de solutions multifonctionnelles.
La gestion durable et intégrée des eaux pluviales relève pleinement de la pratique de l’aménagement. Contrairement à l’assainissement pluvial, centré sur la collecte et l’évacuation, elle mobilise des approches variées pouvant être portées par différents métiers : paysagiste, architecte, urbaniste, bureau d’études (VRD ou environnement), hydraulicien…
L’enjeu n’est donc pas de rechercher un profil unique, mais de s’assurer que l’équipe de maîtrise d’œuvre intègre une compétence spécifique dans ce domaine.
Cette expertise vient dialoguer avec l’ensemble des acteurs du projet afin de garantir la cohérence d’ensemble.
Dès l’esquisse, il convient de définir un premier plan de gestion des eaux pluviales qui posera les bases nécessaires. S’il ne définit pas encore le nivellement précis du projet, il s’appuie sur la topographie et prévoit :
- les orientations de pentes ;
- la localisation des dispositifs de gestion des eaux pluviales en privilégiant les espaces verts creux ;
- un prédimensionnement des dispositifs en cohérence avec les règles et recommandations locales de gestion des eaux pluviales ;
- une réflexion sur l’entretien futur tenant compte du gestionnaire final.
L’avant-projet doit préciser les principes posés à l’esquisse :
- notice hydraulique de dimensionnement ;
- plan de gestion des eaux pluviales avec surfaces, volumes et cotes ;
- nivellement précis des espaces aménagés, des bâtiments et du chemin de l’eau en surface ;
- coupes techniques des dispositifs de gestion des eaux pluviales ;
- intégration paysagère et fonctionnalités.
Chaque dispositif d’infiltration est décrit de manière précise à partir des paramètres définis à l’étape 5 : surface d’apport, surface d’infiltration, volume de stockage temporaire et hauteur d’eau moyenne avant débordement.
Sur ces bases solides, le maître d’œuvre construira un dossier de consultation des entreprises robuste.
La phase travaux est critique pour la durabilité du projet de gestion des eaux pluviales.
Le Cahier des Clauses Techniques Particulières (CCTP) doit comporter un volet spécifique sur la gestion des eaux pluviales, détaillant les exigences attendues pour la mise en œuvre, la protection et le suivi des espaces qui seront aménagés pour infiltrer.
- Protéger les surfaces d’infiltration contre le colmatage et le compactage : pas de passages répétés d’engins lourds, utilisation de plaques de répartition en cas de circulation nécessaire, pas de stockage des matériaux et du matériel.
- Utiliser des outils et engins adaptés pour la réalisation des dispositifs de gestion des eaux pluviales, par exemple l’utilisation du godet à dents plutôt que le godet à lame pour décaper ou décaisser.
- Encadrer strictement les terrassements et respecter les modalités prévues pour chaque dispositif : équilibre entre la surface d’infiltration et la surface d’apport, cheminement de l’eau, volumes utiles de rétention, profondeur, présence prolongée d’eau, etc.
- Préserver la terre végétale stockée soigneusement et réutilisée.
- Impliquer la maîtrise d’œuvre hydraulique dans le suivi du chantier.
- Prévoir un phasage adapté permettant d’éviter toute détérioration des zones d’infiltration.
Attention aux adaptations en cours de réalisation !
Le non-respect du plan de composition et du nivellement prévu est susceptible de compromettre le fonctionnement hydraulique, d’augmenter le risque face aux pluies exceptionnelles et d’empêcher l’acceptation des dispositifs par les usagers.
Si des ajustements sont nécessaires, ils sont à définir en concertation avec le membre de l’équipe spécialiste de la gestion durable et intégrée des eaux pluviales.
Si une rétrocession à la collectivité est envisagée, elle doit être cadrée par convention dès l’avant-projet. Les conditions de volumétrie, d’accessibilité et de fonctionnement doivent être garanties.
> Anticipez en contactant le service GEPU : service.gepu@lannion-tregor.com
L’entretien des dispositifs est nécessaire dès la fin du chantier. Il vise à préserver leur efficacité et évite des dysfonctionnements.
Une gestion durable et intégrée des eaux pluviales permet, parmi les multiples bénéfices, de simplifier l’entretien, grâce à des dispositifs plus rustiques, peu profonds, à infiltration diffuse, où les risques d’obstruction et de colmatage sont limités. Il convient de prévoir ces choix dès la conception.
- Les structures d’infiltration et les organes « techniques » associés sont à surveiller en priorité.
- Pour les espaces verts creux, un plan de gestion différencié et des plantations adaptées vont renforcer leur intérêt vis-vis de l’esthétique des lieux et pour la biodiversité.