
Le Campagnol amphibie est un gros campagnol (16 à 22 cm) : il n’existe dans le monde qu’en France et sur la péninsule ibérique. La Bretagne porte une responsabilité élevée dans sa conservation car il se rencontre encore de belles populations dans notre région.
Il est protégé en France depuis 2012 : ses populations ont régressé progressivement depuis les années 1950 avec la destruction des zones humides et l’artificialisation des cours d’eau. En effet, il a besoin de zones humides présentant un entretien peu fréquent, là où les végétations hautes ont poussé densément (joncs, roseaux, carex…). Ces végétaux constituent son alimentation principale et sont un bon moyen de se déplacer à couvert, protégé des rapaces comme les busards.
Le Campagnol amphibie vit en petites colonies qui fonctionnent en métapopulations : c’est à dire que chaque groupe familial fonctionne indépendamment mais que les échanges doivent être possible ponctuellement. En cas d’extinction d’un groupe d’individus (ou de sa forte fragilisation), la recolonisation doit être possible à partir des colonies voisines. (L’espèce est donc sensible à la fragmentation de ses habitats et aux ruptures de continuités écologiques.)
Pour en savoir plus sur cette espèce, le Groupe mammalogique breton a publié une plaquette : https://gmb.bzh/wp-content/uploads/2020/01/LivretCampAmph_BD.pdf
La Lieue de grève : une zone atelier pour la recherche scientifique
La littérature scientifique indique de relativement bonnes capacités de dispersion pour ce campagnol mais les connaissances à ce sujet restent fragmentaires et les seuils (distances, densités de sites favorables, types de milieux à franchir) à partir desquels les conditions de survie sont remises en cause ne sont pas connus.
En 2021, dans le cadre d’un programme régional d’acquisition de la connaissance scientifique, le Groupe Mammalogique Breton a mené avec Lannion-Trégor Communauté (Réserve naturelle régionale des « Landes, prairies et étangs de Plounérin ») un programme d’études et de recherche sur cette espèce, sur les bassins versants de la Lieue Grève.
L’étude a été choisie sur ces bassins versants, car ils sont reconnus comme présentant de belles populations, notamment autour de l’Étang du Moulin Neuf. Quatre sites d’études ont été choisis sur quatre secteurs différents du bassin versant. Ce travail a été mené chez 3 agriculteurs volontaires et sur la Réserve naturelle régionale des « Landes, prairies et étangs de Plounérin ».
Sur chacune des zones, des individus ont été capturés pour :
- Etudier leur profil génétique et le degré de parenté entre populations. Pour cela des poils ont été prélevés sur plusieurs individus.
- Etudier leur capacité de déplacement : en les équipant d’un émetteur et en suivant ensuite leur déplacement.
- Estimer la taille des populations présentes en les marquant individuellement (une petite coupe de poils caractéristiques pour chacun).

Les résultats sur les prélèvements génétiques sont arrivés récemment, elles montrent des profils très différenciés entre les sites. Les échanges entre populations sont donc probablement peu fréquents. La faiblesse de ces échanges ne semble pas porter à conséquence pour les populations du bassin versant. Même la plus « petite » population, située à l’aval du bassin versant (sur le ruisseau du Quinquis) et qui paraissait très isolée, ne montrerait pas de signes de dégénérescence génétique.

Le suivi par radiopistage a également été riche d’enseignements. Alors que certains individus n’ont pas bougé de plus de quelques mètres tout l’été, ceux en dispersion, les jeunes mâles de l’année, se sont déplacés sur plusieurs kilomètres. La RN12 ne les a pas gênés : ils ont rapidement trouvé un passage, une buse qui passe sous la route nationale et qui permet ainsi de rejoindre le nord de la commune de Plounérin.
Ces résultats confirment en Bretagne des bonnes capacités de dispersion chez le Campagnol amphibie. Celles-ci semblent permettre à l’espèce d’assurer des échanges suffisants à l’échelle métapopulationnelle pour maintenir, jusqu’à maintenant, une diversité génétique viable, tout du moins dans les bassins versants de cours d’eau où la connectivité des habitats naturels est bonne (paysages de bocage et vallées boisées). Ce constat n’est cependant pas nécessairement transposable dans l’espace, en particulier en haute-Bretagne qui présente davantage de paysages cultivés.
Retrouvez la restitution de cette étude ci-dessous :