GLANN N°13 – La parole à – Yann Danzé, Directeur du BRIT HOTEL Lannion Perros-Guirec

Pouvez-vous présenter votre établissement ?
Le BRIT HOTEL Lannion Perros-Guirec est un hôtel à taille humaine de 19 chambres. J’ai repris l’établissement en 2022, alors classé 2 étoiles, avec l’idée d’en faire un hôtel engagé sur les questions environnementales. En juin 2026, l’hôtel est passé en classement 3 étoiles, grâce à mon investissement quotidien et à celui de mon équipe engagée, ainsi qu’à la rénovation d’une grande partie des chambres.

Comment les enjeux environnementaux, notamment l’eau, croisent-ils votre activité ? Comment les y intégrez-vous ?
Ma démarche environnementale m’a conduit à l’obtention de l’étiquette environnementale FairScore de Fairmoove, avec la note B. Elle fonctionne un peu comme le Nutri-Score : elle note l’impact d’une nuitée, de A+ à E-, et la consommation d’eau fait partie des critères. Avec le dérèglement climatique, que l’on constate au quotidien avec les sécheresses, je suis convaincu que les clients choisiront de plus en plus leur hôtel en fonction de son engagement environnemental.
Au petit-déjeuner, je privilégie les produits bretons, et bio dans la mesure du possible. L’hôtel accueille une clientèle mixte, à la fois touristique et professionnelle.
Dans un hôtel, l’eau, ce sont surtout les douches et le linge. Les lavabos sont équipés de mousseurs limités à 5 litres par minute, et les douches de pommeaux à 7,4 litres par minute, là où un équipement classique dépasse souvent 12 litres. Les fleurs sont arrosées avec l’eau de pluie que je récupère.
L’eau chaude a aussi un coût énergétique. Cet hiver, j’ai équipé toutes les chambres de boîtiers qui permettent de piloter à distance les radiateurs et les ballons d’eau chaude, plutôt que de les laisser fonctionner en continu.
Pour le linge, je travaille avec une blanchisserie choisie notamment pour sa démarche environnementale, avec un ratio de 4.5 litres d’eau par kg de linge lavé, ce qui est faible. En période de crise sécheresse, les draps sont changés une fois par semaine, comme en résidence hôtelière, et les serviettes uniquement à la demande.
Tout cela s’inscrit dans ma démarche avec FairMoove, et je l’explique sur tout le parcours du client : affichage à l’extérieur, à la réception, dans les chambres, et dans mes mails avant l’arrivée. Selon moi, l’engagement d’un hôtel pour la planète doit se voir, et l’hôtelier doit le valoriser, à l’image du kit écogestes proposé par Tourisme Bretagne.
Je veux maintenant aller plus loin dans la maîtrise de la consommation, point d’eau par point d’eau, avec des régulateurs adaptés et en m’appuyant sur des prestataires reconnus.

Comment sensibilisez-vous votre clientèle ? Est-ce compris, accepté… ou au contraire certains clients sont-ils contrariés ?
En plus de l’affichage général, j’ai placé une affiche sur la crise sécheresse à proximité de chaque douche, pour sensibiliser le client au moment où il est concerné et l’inciter à jouer le jeu. J’ai aussi mis en place dans les salles de bain un « challenge douche 5 minutes ». Avec mes équipements, une douche de 5 minutes représente moins de 40 litres d’eau. Je souhaite le faire évoluer vers le défi des 4 minutes, « 1 chanson, 1 douche », avec une playlist accessible par QR code dans chaque salle de bain, sous réserve de faisabilité technique. L’idée est simple : la douche s’arrête en même temps que la chanson, idéalement avant 4 minutes, ce qui peut éviter de gaspiller des dizaines de litres d’eau chaude.
Honnêtement, ce n’est pas toujours simple. L’affichage est vu, mais une partie des clients a du mal à jouer le jeu. Les anciennes habitudes ont la dent dure, comme celle des serviettes changées chaque jour, tout comme l’idée que « le client est roi ». On m’a déjà répondu : « J’ai payé pour une prestation ». Certains clients m’ont même demandé un tarif réduit puisque leur linge n’était pas changé quotidiennement. Je leur explique qu’il ne s’agit pas de faire des économies sur le service, mais de préserver une ressource commune, surtout en période de sécheresse. Il faut continuer à sensibiliser, voire à éduquer, les clients.
Si les clients ne jouent pas suffisamment le jeu, ce sera aux hôteliers d’appliquer des mesures. À quand les boutons-poussoirs, comme dans les douches des piscines municipales ?
Il n’est pas facile non plus de faire bouger les lignes entre professionnels. J’ai essayé d’alerter des confrères hôteliers, mais le sujet reste souvent mis de côté. Pourtant, il devient capital : si la ressource en eau n’est plus garantie, ce sont nos capacités d’accueil, et donc nos entreprises, qui seront directement menacées.

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